

On entre à Fès comme on entre dans un livre ancien dont les pages auraient absorbé les siècles. Rien ne s’offre immédiatement. Tout se mérite. La lumière se faufile entre les murs ocre, les ruelles se resserrent, se dérobent, bifurquent sans prévenir. On croit se perdre. On apprend à suivre.
Dans la médina, le monde tient dans quelques mètres carrés : un artisan penché sur le cuivre, un enfant qui traverse avec du pain encore chaud, une porte qui s’ouvre sur un patio silencieux. À l’extérieur, le tumulte. À l’intérieur, une fontaine et des zelliges. Deux réalités, superposées, sans jamais se contredire.
Il y a les tanneries, bien sûr, cette géographie d’ocre et de safran qui heurte et fascine. Il y a l’université Al Quaraouiyine, plus ancienne que nos certitudes occidentales, et les gestes savants qui s’y transmettent encore. Mais Fès n’est pas un musée. Elle respire. Elle commerce. Elle insiste.
On y apprend l’humilité. À marcher sans dominer. À regarder sans saisir. La ville ne se livre pas aux impatients. Elle se révèle à ceux qui acceptent d’écouter le frottement du cuir, le murmure d’une prière, le bruit mat des pas sur la pierre.
Fès ne cherche pas à plaire. Elle exige. Et c’est peut-être pour cela qu’on y revient — non pour voir, mais pour comprendre ce que l’on n’avait pas su regarder la première fois.